Le
fils, le père et le petit-fils : un triple témoignage.
Le
fils, Marc DELARUELLE : "Dès l'âge de huit ans, j'ai su que
je n'étais pas normal. J'ai éprouvé ma première angoisse métaphysique. Et
si mon père, un ouvrier cultivé, ne m'avait pas entouré jour après jour,
jamais je n'aurais réussi mes primaires ni mes études secondaires. Je m'intéressais
à tout, autrement dit à trop de choses à la fois, la plupart d'ordre
intellectuel ou spirituel. J'ai échoué en première candidature Vétérinaire,
parce que mes parents avaient choisi pour moi l'orientation de mes études
secondaires. J'aurais aimé apprendre le latin, le grec, et l'hébreu, mais mes
parents, catholiques frileux, ont refusé que je passe de l'enseignement libre
dans l'officiel. Résultat: j'étais dans l'incapacité, à l'époque, d'entrer
en première candidature d'Archéologie, puisque j'avais suivi les
Latin-Sciences.
J'ai réussi ma première
année d'instituteur à l'École Normale; j'ai réussi les examens d'entrée à
la Gendarmerie, à la Société de Transports Intercommunaux Liégeois (bus), à
la Poste comme rédacteur, et à la Défense Nationale comme assistant
administratif! Il a fallu attendre 21 ans, après ma rhéto, pour découvrir que
j'étais surdoué, avec un désormais lourd passé psychologique. C'est alors
que j'ai fait tester mon fils de 10 ans, qui présentait les mêmes difficultés
d'adaptation que moi à des camarades de classe intolérants... Cette année
(2001), mon père (André DELARUELLE) est décédé et je suis convaincu,
sans avoir pu le faire tester, qu'il était également surdoué. Je pense que
les surdoués peuvent se reconnaître entre eux et d'autant mieux se faire apprécier.
En plus, la surdouance est sûrement héréditaire.
Le petit-fils, Julien (11
ans) : " Comme tout le monde, j'ai appris à lire en première
primaire, mais après deux mois, je savais tout déchiffrer, tout comprendre et
surtout tout expliquer. Mon père me parlait beaucoup depuis l'âge d'un an. Je
suis d'un naturel attentif et observateur. J'ai une orthographe remarquable pour
mon âge et je critique les articles que je lis dans les revues. Mes tests de
Q.I. ont révélé que j'étais un surdoué verbal mais pas technico-spatial.
J'ai probablement eu une petite hémorragie cérébrale à la naissance.
D'ailleurs, avant l'âge d'un an, la quasi-totalité de la famille me prenait
pour un arriéré mental, parce que je ne regardais pas ceux qui me prenaient
dans les bras et me parlaient. Je me suis bien rattrapé depuis lors: on
aimerait que je me taise. Seul un parent surdoué peut comprendre un enfant
surdoué. Mon père a vu juste dès le début, il m'a éveillé aux choses du
monde tout en me protégeant contre ses pièges, ses injustices et son
hypocrisie. Grâce à lui, je sais ce que je suis et surtout ce que je vaux, que
cela plaise ou non.