Quand il est apparu évident que Manu allait doubler une
seconde fois sa 3e secondaire, ses parents ont consulté un
centre PMS. Pour les enseignants, la place de Manu était dans
l'enseignement spécial. Seuls quelques camarades de classe
avaient compris. Depuis le jour où Manu, qui venait de passer
le cours de maths vautré sur son bureau en faisant semblant de
dormir, avait, deux minutes après le départ du prof, tout
réexpliqué aux élèves qui n'avaient pas compris.
Le PMS lui a fait passer un test de QI. Résultat :
Manu est un surdoué. Le problème, ce sont les
apprentissages qui vont trop lentement pour ces enfants. Ils
finissent par se déconcentrer et ne plus vouloir
travailler, explique Franca Ciciani, psychologoque et
présidente de l'Anpeip belge. Manu a eu de la chance car rares
sont les PMS formés à détecter les enfants surdoués. Ça
devrait changer. Plusieurs PMS ont reçu une formation
spécifique en ce sens. Et, dès septembre, ils seront des
centres-relais au niveau de leur province.
Oriane, 13 ans, a été détectée un peu par hasard. Une
émission de « L'écran témoin » sur les surdoués et
la voilà le lendemain rivée au site internet de l'association
Mensa, présente sur le plateau de la RTBF. Puis, elle est
invitée par l'association à passer une série de tests. Mais
c'est son attitude à l'école, son comportement général qui a
été le premier signal d'alerte pour les parents. Comme pour
Marie (12 ans) ou Arnaud (10 ans) : l'ennui,
l'épouvantable ennui dès l'école primaire. Arnaud et Marie ont
sauté d'une classe. Pas Oriane, malgré les conseils d'une
institutrice. Je ne le regrette pas, dit-elle. Je
n'aurais pas voulu quitter mes ami(e)s de classe. L'école
s'est adaptée en diversifiant et en individualisant les
activités de l'enfant. Mais en humanités, le problème se
repose. Marie et Oriane l'avouent : elles ne se
décarcassent pas beaucoup. Ce qui n'empêche pas Oriane
d'obtenir partout des cotes maximales. Marie, elle, apprécie
le rythme relax qui l'amène à réussir sans trop se
fouler. Alors, Oriane multiplie les activités
extra-scolaires les plus difficiles, avec frénésie.
L'idée d'une école particulière pour surdoués séduit Arnaud
qui a le sentiment de tourner à vide dans l'enseignement
classique. Pas Marie, ni Oriane. J'aurais l'impression
d'être dans une école pour handicapés, explique Marie.
Il ne faut pas nous séparer des enfants
« normaux », renchérit Oriane. Se sentent-elles
« anormales » ? Réponses hésitantes.
L'étiquette d'« intello » n'est pas facile à assumer
et les trois enfants reconnaissent avoir des difficultés à
« être en phase » avec les autres élèves.
En Belgique, une école spécialisée pour surdoués est
difficilement imaginable, constate Franca Ciciani. Il y
a même des mesures prises récemment qui vont à l'encontre. Le
fait d'avoir remonté à 17 ans l'âge pour passer le jury
central par exemple. De fait, le rêve de certains enfants
précoces est justement de terminer plus tôt les secondaires,
de mener à bien d'autres projets avant les études supérieures.
Oriane, passionnée de musique, voudrait faire deux ans de
conservatoire avant l'université. Les chercheurs
universitaires proposent effectivement d'abaisser l'âge
pour passer le jury central, confirme le cabinet de Pierre
Hazette, ministre de l'Enseignement secondaire.
La seconde piste de la Communauté française vise à
développer des programmes particuliers pour enfants surdoués
au sein des écoles candidates. Un premier appel à projets
devrait être lancé avec l'espoir de voir ces programmes prêts
pour septembre ou janvier prochains. (M. Vdm.)