3. L'évaluation de l'intelligence à l'aide du WISC
Wechsler
(1944) (Cité par J. Grégoire: L'évaluation clinique de
l'intelligence de l'enfant. Ed. Mardaga, 1999.) définit l'intelligence
comme « la capacité complexe ou globale de l'individu d'agir dans un but déterminé,
de penser rationnellement et d'avoir des rapports efficaces avec son
environnement ».
« Mais les tests d'intelligence ne peuvent pas mesurer
tout de l'intelligence ».
L'intelligence générale est en effet la résultante
de l'interaction d'un nombre théoriquement infini d'aptitudes différentes.
D'ailleurs Wechsler a beaucoup insisté sur ce qu'il appelle « les facteurs non
intellectuels de l'intelligence ». Il souligne que « les traits de personnalité
interviennent dans l'efficacité du comportement intelligent et, par conséquent,
dans toute conception globale de l'intelligence elle‑même » (1950, p
82). Selon lui, il est incorrect de vouloir éliminer les facteurs de
personnalité de l'évaluation intellectuelle qui jouent inévitablement un rôle
dans toutes les performances aux tests d'intelligence, comme dans toute action
intelligente de la vie quotidienne. Il a donc inclus dans son test des épreuves
où l'attention, la persévérance et d'autres facteurs non intellectuels jouent
un certain rôle dans la réussite.
Le WISC est un test complet. Ses items recouvrent des
aspects différents de l'intelligence, chacun d'eux donnant un reflet
particulier; la synthèse de ces examens aboutit à une image à la fois affinée
et instructive de l'enfant concerné.
La partie verbale. (Cité
dans A. Adda, 1999).
- Elle comporte des questions de connaissance générale,
de celles qu'on apprend très tôt en classe et dans la vie quotidienne.
- Le calcul mental propose des problèmes très
simples, mais déterminants : les enfants qui ne savent pas écouter ni retenir
ce qu'ils entendent échouent par distraction, ceux qui lisent mal ne discernent
pas quelle opération appliquer pour résoudre cet énoncé obscur, ceux qui
peinent à s'en former une représentation mentale exacte s'égarent dans des
calculs démentiels, ne parvenant même plus à critiquer leur réponse. A
partir de ces exemples, on voit combien un test peut apporter d'éclaircissement
sur le mode de fonctionnement d'un enfant placé en situation scolaire.
- Répéter des séries de chiffres permet
de juger la concentration d'esprit, le sens de l'orientation dans l'espace
puisque ces chiffres doivent être répétés dans l'ordre donné et aussi le
degré d'émotivité : les enfants anxieux, doutant d'eux, trop inquiets, échouent
du
fait d'une trop grande tension. Les enfants en échec scolaire n'ont pas
toujours les résultats qu'ils seraient capable d'atteindre : le simple fait de
se trouver dans une situation rappelant l'école les bloque complètement. Ils
se montrent plus à leur aise, plus détendus quand on fait uniquement appel à
leur réflexion personnelle. Ils ménagent donc moins leurs efforts s'ils
doivent user du raisonnement par
analogie. Le maniement du concept, la faculté de trouver un point commun à deux
termes qui, à priori n'en présentent pas, l'esprit de synthèse indispensable
à toute élaboration intellectuelle originale caractérisent la véritable
intelligence, celle qui permet l'éclosion d'idées personnelles, fait avancer
la science, préside aux découvertes... Les réponses judicieuses montrent une
maturité d'esprit qui surprend parfois l'entourage, étonné d'apprendre que ce
rêveur, dépourvu de tout esprit pratique, manifeste une maîtrise de pensée
très supérieure à celle de nombre d'enfants de son âge, pourtant bien plus dégourdis
dans la vie quotidienne.
-
La compréhension des situations reflète les capacités
d'initiative, la qualité du jugement, le bon sens et une certaine aptitude à
une intégration sociale satisfaisante. Les enfants qui trouvent facilement des
réponses adéquates sont doués pour se faire des amis, ils savent s'adapter à
des circonstances nouvelles, sont capables d'autonomie. Il arrive que des sujets
« trop » doués se méfient de leur spontanéité : ils recherchent alors
quelle réponse on attend de la part d'un enfant de leur âge et finissent par
donner des réponses infantiles, pas du tout naturelles. On peut craindre qu'ils
n'adoptent dans la vie courante cette allure empruntée, artificielle, et pour
tout dire empotée, uniquement par souci de se protéger, pour éviter de se
différencier à l'excès des autres enfants et de se faire remarquer.
-
Le
vocabulaire est surtout intéressant pour la précision de la
pensée qu'il exige. Ceux qui aiment le langage ont plaisir à trouver la définition
la plus claire, la plus élégante, la plus précise possible.
La. partie
performance
D'après
Arielle Adda, (1999), les performances sont souvent beaucoup moins bien réussies
par les enfants doués, facilement déroutés par un matériel qui échappe à
leur adresse. Leur perplexité ne tarde pas à apparaître, bien qu'ils
conservent une bonne volonté évidente, touchante même. (Cette observation va
de paire avec notre échantillon).
En
revanche ceux qui sont un peu bloqués, qui manquent de confiance en eux à
l'oral, parce qu'ils craignent toujours de pas utiliser le mot attendu, de
commettre un impair ou de trahir un « secret » font tout à coup preuve d'une
dextérité étourdissante, manifestement heureux de ne plus avoir à se
surveiller et de ne plus appréhender d'éventuelles critiques.
Pour
elle, chez ceux que les manipulations embarrassent, au contraire, seul l'esprit d'observation est bien exercé quand il faut trouver
l'élément manquant dans un dessin : les enfants doués s'y montrent
avisés, perspicaces, ils usent d'un esprit critique qui met bien en évidence
leur maturité d'esprit et leur indépendance de jugement.
Les notes obtenues aux autres subtests sont pénalisées
par la prise en compte du temps d'exécution : les enfants trop prudents, trop
précautionneux ne se fient pas à leurs dons face à un matériel concret; ils
perdent un temps infini sans raison, ils donnent l'impression que des freins
invisibles les obligent à fournir un effort démesuré pour manipuler avec succès
ce matériel récalcitrant.
-
Le code peut parfois être
à cet égard, significatif; en effet, certains de ces enfants ne mémorisent
aucun signe, ils les trouvent trop lentement, en vérifiant sans cesse s'ils
n'ont pas commis d'erreur; la consigne de rapidité d'exécution peut les
affoler plus qu'elle ne les stimule, leur difficulté dans le graphisme apparaît
alors dans toute sa nocivité, et un émotivité malvenue achève de les
perturber.
Peut alors apparaître dans
cette « épreuve », la dyssynchronie tellement spécifique des enfants. Nous
allons d'ailleurs aborder dans le deuxième chapitre cette notion de dysharmonie
dans le QI, ainsi que la notion de dyssynchronie chez les enfants
intellectuellement doués.
Pour en finir avec les
subtests de la WISC, A. Adda nous informe sur le subtest des cubes de Kohs.
La réussite de ce subtest est la preuve d'une réelle intelligence, même si
toutes les autres épreuves restent médiocres. Elle nous confie qu'il n'est pas
possible d'y réussir en l'absence d'un véritable don intellectuel, mais que
les enfants doués qui éprouvent des difficultés d'orientation dans l'espace
échouent dramatiquement. Environ 20 % des sujets présentent des difficultés
de cet ordre et ceci pourraient donc contribuer à l'explication d'une
dysharmonie dans le QI. Ces difficultés d'organisation spatiale ont des répercussions
sur la lecture ‑avec une apparente dyslexie‑ sur l'orthographe, sur
le calcul. S'ajoute, chez les enfants ainsi déroutés, une désorientation
temporelle : ils se retrouvent difficilement dans l'ordre des jours, des mois.
-
L'assemblage d'objets exige un coup d'oeil rapide et précis : les
enfants doués hésitent généralement trop longtemps, ils peuvent manquer
d'initiative et se sentir rapidement perdus au milieu de ces « morceaux de
contour ».
- L'arrangement d'images nécessite une bonne compréhension des mécanismes régissant la vie en société et aussi celle des séquences d'une action. Entrent donc en jeu la logique, l'initiative, la capacité à exercer une vision globale et synthétique d'une action pour ensuite en saisir les détails destinés à guider la réflexion. Les enfants doués réussissent généralement assez bien, mais trop lentement.
Au vu de toutes les épreuves du WISC et des difficultés qu'elles peuvent entraîner chez certains enfants doués, il ne faut donc pas se limiter au chiffre du QI global, qui peut donc masquer des niveaux d'efficience très divers dans les différentes épreuves qui constituent le test. Nous avons vu que certains enfants peuvent avoir un QIP nettement inférieur au QIV, à cause de problèmes spatio-temporels ou autres (dyssynchronies...) et vice et versa (QIV > QIP).